vendredi 24 novembre 2017 - Ste Flora

Sortie semaine 25

"Mustang"

Film de Deniz Gamze Ergüven

Quinzaine des Réalisateurs - Cannes 2015

C’est le début de l’été.
Dans un village reculé de Turquie, Lale et ses quatre sœurs rentrent de l’école en jouant avec des garçons et déclenchent un scandale aux conséquences inattendues.

La maison familiale se transforme progressivement en prison, les cours de pratiques ménagères remplacent l’école et les mariages commencent à s’arranger.

Les cinq sœurs, animées par un même désir de liberté, détournent les limites qui leur sont imposées.
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Entretien (Ad Vitam Distribution)
DENIZ GAMZE ERGÜVEN

- Vous êtes née à Ankara mais vous avez surtout vécu en France. Pourquoi avoir tourné en Turquie votre premier film ?
La majeure partie de ma famille réside toujours en Turquie et j’ai passé ma vie à faire des allers-retours entre les deux pays.
Je suis d’autant plus préoccupée par les histoires qui se déroulent en Turquie que c’est une région en pleine effervescence, où tout bouge. Depuis quelques temps, le pays a pris une tournure plus conservatrice mais on y ressent toujours une force, une fougue.
On a le sentiment d’être au cœur de quelque chose, que tout peut vriller à tout moment, partir dans n’importe quelle direction.
C’est aussi un réservoir à fiction incroyable.

- Tout comme votre court-métrage de fin d’études, "Mustang" est le récit d’une émancipation. Quelle est la genèse de cette histoire?
Je voulais raconter ce que c’est que d’être une fille, une femme dans la Turquie contemporaine. Un pays où la condition féminine est plus que jamais au centre du débat public. Sans doute le fait d’avoir un effet de dezoomage en quittant fréquemment la Turquie pour la France a eu son importance.
À chaque fois que je retourne là-bas, je ressens une forme de corsetage qui me surprend. Tout ce qui a trait à la féminité est sans cesse ramené à la sexualité. C’est comme si chaque geste des femmes, et même des jeunes filles, avait une charge sexuelle.
Par exemple, il y a ces histoires de directeurs d’écoles qui décident d’interdire aux filles et aux garçons de monter en classe par les mêmes escaliers. Ils vont jusqu’à aller construire des escaliers séparés pour chacun. Ça prête une grande charge érotique aux gestes les plus anodins. Monter les escaliers devient un sacré machin… C’est toute l’absurdité de ce genre de conservatisme : tout est sexuel. On en arrive à parler de sexe sans cesse.

Et on voit émerger une idée de société qui positionne les femmes comme des machines à faire des enfants, bonnes à rester à la maison. On est l’une des premières Nations à avoir obtenu le droit de vote dans les années 30 et on se retrouve aujourd’hui à défendre des choses aussi élémentaires que l’avortement. C’est triste.

- Pourquoi ce titre à la sonorité anglo-saxonne "Mustang" ?
Le Mustang est un cheval sauvage qui symbolise parfaitement mes cinq héroïnes, leur tempérament indomptable, fougueux.

Sortie le 17 juin 2015
(France/Allemagne
/Turquie/Qatar-2015)
durée 1h34

Avec
Günes Nezihe Sensoy
Doga Zeynep Doguslu
Elit Iscan
Tugba Sunguroglu
Ilayda Akdogan

AD VITAM Distribution

par
mis à jour le

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