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vendredi 9 décembre 2022 - St Pierre Fourier

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du samedi 15 octobre 202215/10/2022 au dimanche 26 février 202326/02/2023

Camille Grosperrin - "L'âne, le phasme et le bâton"

En septembre 2021, l’artiste a commencé une résidence dans l’entreprise Cannes Fayet à Thiers.

L’entreprise produit des cannes depuis 1909 et est actuellement la dernière fabrique de cannes en France. Leurs savoir-faire est proche de celui de l’ébénisterie, auquel s’ajoutent les compétences et techniques particulières liées aux autres matériaux utilisés (corne, os, métal, etc.). L’entreprise produit également des bâtons de combat calibrés pour la pratique sportive et des parapluies de luxe, faisant appel aux mêmes compétences de courbage, tournage et finition que les cannes.

Lors de cette résidence, l'artiste a découvert l'histoire de la canne, mais surtout sa fin : "Quand les premières voitures sont arrivées, et qu’elles ont petit à petit remplacé les fiacres, les hommes ont dû abandonner la canne et le haut de forme, car il n’y avait pas de place ni en hauteur, ni devant les jambes". À partir de là, la canne comme objet de mode est devenue moins présente. Camille Grosperrin n’avait jamais pris conscience que la disparition de la canne coïncidait avec la fin du cheval. Cette réflexion a été au fondement de la série de sculptures produites dans le cadre de sa résidence.

La plupart des cannes anciennes de la collection Fayet sont ornées de pommeaux décoratifs à figure animale. Le cheval en est une figure récurrente. Parmi toutes les archives conservées, Camille Grosperrin a été très touchée de trouver un petit pommeau à tête d’âne et un autre orné d’un sabot en corne sculptée. "J’ai choisi de réactiver ce motif à travers une sculpture en étain : un sabot, qui viendrait non pas se fixer au sommet d’un bâton, à la manière d’un pommeau, mais à l’inverse, s’ancrer dans le sol".

Ces supports en étain servent de base à des tiges de rotin qui se tordent et se déploient, formant des courbes noires qui évoluent comme de grandes lignes tracées en volume dans l’espace. Les formes semblent en transformation constante. Les cannes déformées, aux pieds posés sur le sol, deviennent des bâtons qui marchent, des bâtons de marche, des walking sticks, mot qui désigne les cannes en anglais. Dans ces tiges noires qui se tordent et s’enroulent sont parfois fichées des fleurs séchées, des chardons ou encore des feuilles qui, lorsqu’on s’approche, ont la brillance du verre ou du plastique. C’est de la corne : polie, ultrabrillante, fine et transparente. Plus loin, un ensemble de pierres taillées de différentes couleurs jonche le sol.

On les croirait minérales ; elles sont animales elles aussi, assemblages hétéroclites de corne de vache, de buffle, de cerf. Des concrétions céramiques où s’enchevêtrent des motifs de pierre et de fourrure viennent parfois soutenir ou appuyer un mouvement du rotin, éviter sa chute, contrebalancer son poids, le jeter en l’air ou l’écraser au sol. Ces sculptures sont fragiles, la matière a été poussée au bout de ses limites, et cela se ressent dans leur présence, qui est comme suspendue.

La question du mimétisme et surtout de la transformation par le mimétisme est au centre de ce travail. Les pistes visuelles sont brouillées entre ce qui pourrait être l’animal, le végétal ou le minéral, et l’on passe sans arrêt de l’un à l’autre. Mais le vivant, ou plutôt l’idée du vivant, est omniprésente.

Sur un tréteau, des phasmes - insectes brindilles que l’on peine à apercevoir – sont posés sur un bouquet de vraies feuilles de ronces. En anglais, le même terme walking sticks désigne à la fois le phasme et la canne.
Dans l’exposition, ils incarnent cette idée de métamorphoses, d’apparitions et de disparitions successives, qui trouve sa source dans leur nom : Phasma signifie, en grec ancien, "fantôme" ou "apparition". Leur première appellation scientifique fut "spectre", en 1787. Comme eux, dans les sculptures en rotin, métal et céramique, ces "walking sticks", la canne disparaît, réapparaît, entourée de ses métamorphoses visuelles successives (en cheval, en serpent, en ligne pure, en espace…) et des fantômes qui l’entourent et qui la suivent.

En parallèle de ce travail de sculpture, Camille Grosperrin a choisi de faire intervenir le duo de musiciens Léo Maurel et Julien Desailly au sein des ateliers Fayet pour une performance musicale filmée. Léo Maurel est un artisan luthier qui a inventé et développé l’orguanous, un système d’orgue modulaire contrôlé en MIDI. L’instrument déploie ses modules et ses tuyaux au milieu des machines de l’atelier avec lesquelles il se confond. Les musiciens ont travaillé avec le duo d’artisans à faire résonner les sons de l’usine pour lui donner une voix, une présence physique au sein de l’exposition, sous la forme d’un court film projeté.

ouvert du mercredi au dimanche
de 14h à 18h.

(fermé le 25 déc., le 1er janvier et les deux premières semaines de janvier)

Gratuit

Entrée libre